PanPacifics : Ruck plaque Ledecky et Kalisz se paie la peau d’Hagino 

Eric Lahmy
by Eric Lahmy 0

August 12th, 2018 Français

Championnats PanPacifics 2018

Samedi 10 août 2018

Jeudi, les PanPacifics 2018 ont commencé au centre international de natation Tatsumi, à Tokyo, immense cathédrale futuriste (où se tiendront les épreuves aquatiques des Jeux de 2020.

A ces joutes « panpacifiques », les natations qui bordent le grand océan se rencontrent dans le même principe, finalement, que celui des Jeux méditerranéens. Mais pas à la même échelle, certes, et pas seulement parce que le Pacifique est soixante-cinq fois plus étendu que la modeste Mare Nostrum.

Invinciblement, on se surprendra à comparer ces PanPacifics avec les championnats d’Europe qui viennent de s’achever à Glasgow. La tentation est forte. L’Europe est une entité renaissante dans la natation d’élite. Elle a pris une part active, parfois prépondérante, aux débuts de la natation de compétition, à la frontière du 19e et du 20e siècle. Puis elle a été balayée par les forces de l’Est (essentiellement le Japon) et de l’Ouest (Etats-Unis), puis du Sud (Australie).

La reconquête européenne n’a pas été chose facile. D’ailleurs, il n’y a pas dans le sport de suprématie qui ne soit pas contestée ardemment. C’est le principe même de la compétition. Et le fait est que les PanPacifics réunissent les trois natations dominatrices du siècle passé. Les USA qui furent presque tout le temps dans le coup. Les Australiens qui connurent des apogées sublimes et quelques descentes aux enfers. Les Japonais qui ont cessé de dominer dès après 1950, mais qui disposent d’une natation très vivace.

Mais je crois surtout que ces pays jouent un rôle fondateur dans ce qui pourrait être l’attitude natation. Les Japonais ont été les inventeurs de la technique la plus élaborée, il suffit pour s’en convaincre de se repasser les vieux films des nageurs des années 1930 ou encore de l’époque où Hironoshin FURUASHI pouvait distancer les champions occidentaux d’une ou deux longueurs de bassin sur 1500 mètres.

Mais ils étaient trop fermés, traditionnellement, dans leur île, et avec leur langue et leur écriture, pour essaimer. Ce sont les Américains, ce me semble, qui ont donné au sport son dynamisme et sa puissance, grâce, largement à l’ouverture au sport de l’université de ce pays et la prodigalité qu’ont démontré les cinquante Etats dans le désir de partager le savoir. La natation US n’a-t-elle pas été la plus pillée du monde, par ceux mêmes qui les disaient obsolètes ?

Mais ce sont les Australiens qui ont sans doute le mieux fixé et aidé à disséminer les principes fondateurs de la natation moderne.

Plus récemment les Européens ont joué une part considérable dans le renouvellement du « paradigme ». Certes, c’est malheureusement dans le vieux continent que le dopage a été le plus virulent, avec des porte-drapeaux méphitiques, en Allemagne et en Russie, en Roumanie. Ces méthodes contestables ont été exportées en Chine, avec le « succès » qu’on sait.

A côté de ça, il y a eu de jolies percées, moins discutables moralement, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Hongrie, aux Pays-Bas, parfois en Italie, et les natations féminines du nord de l’Europe n’ont pas attendu Inge DE BRUIJN, Sarah SJÖSTRÖM ou Pernille BLUME pour briller ; la natation féminine des Pays-Bas donna parfois la leçon dans les années 1930. La France a connu deux « pinacles », un en 1952, l’autre en 2012, qui se sont terminés par des redescentes moins remarquables !

Ce trop long préambule achevé, entrons dans le vif du sujet. Disons que les Etats-Unis, à Tokyo, n’ont pas joué une partie facile au cours de la première journée. Ils ont cependant dominé, et remporté trois courses, le 200 mètres libre (Townley HAAS) et le 400 quatre nages (Chase KALISZ) messieurs ainsi que le 100 brasse (Lilly KING).

Le Japon s’en est sorti avec deux succès, celui de Yasuhiro KOSEKI sur 100 brasse messieurs, et celui de Yui OHASHI, nouvelle reine des quatre nages, sur 400 mètres. L’Australie n’a enlevé que le 4 fois 100 quatre nages mixte.

Le 200 a vu la défaite de Katie LEDECKY. Historique ? Peut-être. Mais le 200 n’est qu’un ajout fragile au « royaume » de LEDECKY, qui va du 400 au 1500 mètres. La championne olympique et du monde avait pourtant frappé fort en séries, dominant très largement, en 1’55s16.

Le soir, en finale, elle progressait… d’un centième de seconde, mais elle trouva deux adversaires suffisamment motivées et douées pour la faire plier. La Canadienne Taylor RUCK (que je me permets de présenter ici comme une des candidates les plus sérieuses à la place de meilleure nageuse mondiale de l’année) ne laissa à aucun moment LEDECKY dicter sa loi. La filiforme (1,83m, 60 kg) Ontarienne devançait la néo-professionnelle US (contrat maillot de 11 millions de dollars, croit-on savoir) aux virages des 50 (26s82 contre 27s03, 55s73 contre 55s85). LEDECKY baissa de rythme des cent aux cent cinquante (1’25s76) et c’est là que Ruck, sans accélérer le moins du monde, lui prit un mètre (1’25s13).

Ce n’est pas tout car aux 150, la Japonaise Rikako IKEE, qui était encore troisième (27s09, 56s15), venait asticoter LEDECKY, avant de la passer dans une dernière longueur où elle remonta même RUCK et ne fut pas loin de la menacer. Les deux premières « cassaient » les 1’55s, RUCK améliorait la tripotée de records – du Canada, du Commonwealth (qui lui appartenaient avec 1’54s81 depuis mars dernier) et des PanPacifics – en 1’54s44 et IKEE le record du Japon en 1’54s85.

Reprenons :

Taylor RUCK, 26s82, 55s73 (28s91), 1’25s13 (29s40), 1’54s44 (29s31).

Rikako IKEE, 27s09, 56s15 (29s06), 1’25s80 (29s65), 1’54s85 (29s05).

Katie LEDECKY, 27s03, 55s85 (28s82), 1’25s76 (29s91), 1’55s15 (29s39).

Chase KALISZ, sur 400 quatre nages, en se jouant des ténors japonais de ces dernières années, a confirmé que le patron, c’était lui. HAGINO a fini deux longueurs, SETO trois longueurs derrière !

Les Américains ayant voté, et décidé qu’Andrew SELISKAR avait été le champion des USA le plus étonnant le mois dernier à Irvine, SELISKAR a rectifié la donne et s’est laissé battre ici de 0s18 sur 200 mètres par Townley HAAS, qui avait été le favori battu de cette course. Kyle CHALMERS, 9e des séries, n’a pas existé.

MESSIEURS.- 200 mètres: 1. Townley HAAS, USA, 1’45s56; 2. Andrew SELISKAR, USA, 1’45s74; 3. Katsuhiro MATSUMOTO, Japon, 1’45s92; 4. Fernando SCHEFFER, Brésil, 1’46s12; 5.  Alexander GRAHAM, Australie, 1’46s50 (en série, 1’46s35). Finale B : 1. Blake PIERONI, USA, 1’46s68. En série, Zacchary APPLE, USA, 1’46s56.

100 m brasse: 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 59s08 ; 2. Jake PACKARD, Australie, 59s20; 3. Joao GOMEZ Jr, Brésil, 59s60; 4. Andrew WILSON, USA, 59s70 ( en série, 59s42); 5. Lizhuo WANG, Chine, 59s76 (en série, 59s50); En série, Michael ANDREW, USA, 59s55.

400 4 nages: 1. Chase KALISZ, USA, 4’7s95; 2. Kosuke HAGINO, Japon, 4’11s13 ; 3. Daya SETO, Japon, 4’12s60 (en série, 4’12s49); 4. Jay LITHERLAND, USA, 4’12s87; 5. Lewis CLAREBURT, Nouvelle-Zélande, 4’14s27; 5. Brandonn ALMEIDA, Brésil, 4’14s53. En série: Sean GRIESHOP, USA, 4’14s27.

DAMES.- 200 mètres: 1. Taylor RUCK, Canada, 1’54s44; 2. Rikako IKEE, 1’54s85 (record du Japon); 3. Katie LEDECKY, USA, 1’55s15 ; 4. Allison SCHMITT, USA, 1’56s71 (en série, 1’56s36) ; 5. Kayla SANCHEZ, Canada, 1’57s23; 6. Mikkayla SHERIDAN, Australie, 1’57s48; 7. Chihiro IGARASHI, Japon, 1’57s83. Finale B: 1. Kathryn MCLAUGHLIN, USA, 1’57s34 (en série, 1’56s88). En série, Leah SMITH, USA, 1’56s81 ; Mallory COMERFORD, USA, 1’57s48; Gabrielle DELOOF, USA, 1’57s86; Kathryn DRABOT, USA, 1’58s09.

100 mètres brasse: 1. Lillia KING, USA, 1’5s44 ; 2. Jessica HANSEN, Australie, 1’6s20; 3. Reona AOKI, Japon, 1’6s34; 4. Satomi SUZUKI, Japon, 1’6s51; 5. Micah SUMRALL, USA, 1’6s56 (en série, 1’6s44). Finale B : 1. Bethany GALAT, USA, 1’6s41. En série, Katie MEILI, USA, 1’6s64.

400 m 4 nages : 1. Yui OHASHI, Japon, 4’33s77 ; 2. Melanie MARGALIS, USA, 4’35s60 ; 3. Sakiko SHIMIZU, Japon, 4’36s27.

MIXTE : 4×100 4 nages : 1. AUSTRALIE, 3’38s91. A noter les 100 dos de Ryosuke IRIE, en 52s83, et de Kathleen BAKER, en 59s29, et Cate CAMPBELL, 50s93 lancée en crawl.

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Eric Lahmy

Né à Tunis en Tunisie le 1er juin 1944, Eric Lahmy est journaliste, écrivain, rédacteur en chef, et reporter. Nageur, il a été champion de Tunisie du 200 mètres brasse en 1964. Il a ensuite été journaliste à L’Equipe entre 1969 et 2011, il a effectué de multiples collaborations, dont …

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