“Au secours, mes coéquipiers nagent vite et moi non”

by Lily Ermal 0

May 24th, 2019 Français

Les nageurs sont des pros en matière de comparaison.

Nous sortons sur le bord d’une piscine, nous regardons qui est dans l’eau, et immédiatement, nous nous faisons un classement sur la rapidité et la lenteur de chacun.

  • Je pourrai totalement battre cette personne.
  • Oh, ce nageur a des coulées fantastiques !
  • Ce nageur m’a l’air d’être un redoutable adversaire.
  • Waouh, ce gars nage vite en brasse.

On ne fait même pas la comparaison consciemment. Ce n’est pas comme si on savait pertinemment qu’on allait aller sur le bord du bassin pour regarder qui est dans l’eau et juger où on se positionne par rapport à eux.

A cause de cela, on a l’impression de ne pas contrôler les effets que peuvent avoir les comparaisons sur nous. Et particulièrement lorsque celles-ci sont injustes, inutiles, ou carrément démotivantes.

Ce nageur est vraiment grand, je ne pourrai jamais le battre. Mon concurrent est entrainé par un coach de classe mondiale, comment est-ce que je peux rivaliser avec ça ? Ce nageur, à la ligne 4, s’est qualifié avec un temps plus rapide de 10 secondes que mon record personnel.”

Grâce à l’essor d’internet et des réseaux sociaux, nous avons un défilé incessant de nageurs avec qui se comparer.

Nous nous comparons à nos rivaux. Nous nous comparons à nos coéquipiers. Bon sang, nous comparons même le nageur que nous sommes aujourd’hui à celui que nous étions hier !

La comparaison est infinie si on ne fait rien pour appuyer sur le bouton off.

Voici quelques faits amusants et des conseils sur la comparaison, et sur la manière de tourner cet instinct humain absolument normal à notre avantage.

#1 LES PROGRÈS SE FONT À UN RYTHME DIFFÉRENT POUR CHACUN

Nous utilisons la montre et le tableau d’affichage pour nous évaluer aux autres nageurs. Cela parait plutôt sensé, mais c’est en réalité beaucoup trop simpliste pour être raisonnable.

Certains enfants prennent 15 cm en un été lorsqu’ils ont 13 ans, d’autres grandissent doucement et constamment. Certains maîtrisent la technique rapidement, alors que d’autres s’efforcent de la maîtriser lentement. Certains atteignent leur sommet à 16 ans, tandis que d’autres ne trouvent pas leur rythme de croisière avant 20 ans.

Tu es sur ton propre chemin.

Ta marge de progression n’est semblable à aucune autre. Le petit Bobby dans la ligne d’à côté a peut-être gagné 5 secondes en un mois sur son 100 m nage libre, mais cela ne veut pas dire que tu vas faire la même chose.

Sur 5 mois, tu vas peut-être gagner une seconde par mois. Tu peux aussi gagner une seconde par an.

Quel que soit le cas, essayer d’utiliser les progrès et les améliorations des autres comme un calendrier ou comme une sorte de plan pour ta réussite est un calcul risqué.

A la place, utilise plutôt le succès des autres comme une preuve de ce qui est possible…

Si ils peuvent le faire, alors moi aussi.

#2 LA COMPARAISON PEUT ETRE MOTIVANTE LORSQU’ELLE EST FAITE CORRECTEMENT

Quand j’étais petit, nous recevions un magazine de natation à la maison tous les deux mois, qui proposait un classement pour les nageurs de chaque catégorie. (Un magazine imprimé… sur du papier. Pas une application ou un site web. Je sais, ça date.)

Je photocopiais alors la page avec mes concurrents, sur-lignais mon nom, et sur les deux prochains mois, essayais de remonter le plus rapidement possible dans le classement aux prochaines compétitions.

Le classement m’a motivé et m’a créé un sentiment d’urgence dans mon entrainement.

La comparaison a, de cette manière, été utile.

En revanche, si je recevais le magazine, que je lisais les classements, et que je me sentais dépassé et désespéré par la rapidité des autres…avec l’avantage du recul et une machine à remonter le temps, je me serais rapidement obligé à jeter le magazine et à rester concentrer sur ma propre préparation.

C’est pareil avec les réseaux sociaux, quand tu fais défiler toute la journée les résultats des compétitions, ou que tu passes des heures sur Youtube à regarder des vidéos de nageurs rapides.

Si cela ne t’aide pas dans ta préparation, arrête de perdre du temps et de gaspiller de l’énergie avec ça.

#3 LA COMPARAISON PEUT DEVENIR L’ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR POUR TE DEMANDER CE QUE TU POURRAIS FAIRE POUR ETRE MEILLEUR

Parfois, nous avons besoin d’un bon coup de pied aux fesses. C’est ce qu’il se passe quand on a un concurrent rapide.

Les rivalités et la compétition nous montrent qu’il est possible d’être meilleur, et peuvent nous encourager à regarder à l’intérieur de nous pour voir si nous exploitons au maximum notre préparation et nos efforts.

Pourrais-tu aller te coucher un peu plus tôt ? Prendre 10 minutes pour noter et évaluer ta séance d’entrainement ? Rester deux minutes pour avoir un retour de ton coach sur ta technique ? Pourrais-tu faire une ou deux longueurs de plus ? Ou enregistrer une vidéo de ton départ pour voir où tu pourrais l’améliorer ?

Les nageurs les plus rapides peuvent te pousser à être plus honnête sur ce que tu pourrais travailler plus dur.

#4 MAINTENANT, TU AS QUELQU’UN À POURCHASSER

Voir un coéquipier qui nage comme un dieu à l’entraînement devrait te motiver.

Pourquoi ?

Parce que désormais, tu as quelqu’un contre qui te mesurer. Un lièvre. Quelqu’un à pourchasser après chaque jour d’entraînement.

Utilise les performances des autres pour te motiver.

L’un des défis à être le boss dans le groupe (ou dans la ligne), c’est que nous avons tendance à nous la couler douce lorsque nous écrasons tout le monde.

J’ai toujours apprécié d’être dans un groupe où je devais me battre pour suivre les nageurs les plus rapides. Intuitivement, je savais que m’entraîner avec des nageurs plus rapides que moi m’emmènerait bien plus haut que si je m’entraînais avec des nageurs plus lents. J’ai été ravi des immenses progrès résultant de ces tentatives.

#5 LA VICTOIRE N’EST SIGNIFICATIVE QUE SI TU T’AMÉLIORES AUSSI

Battre les autres n’est pas toujours récompensant, surtout si tu ne t’améliores pas.

As-tu déjà remarqué la joie d’un nageur qui arrive en bas de classement, mais qui améliore son record personnel ? Je suis passé par là, et je peux te dire que l’amélioration était la vraie victoire.

Même chose avec le nageur qui remporte l’or, mais qui n’est pas entièrement ravi, parce qu’il a nagé beaucoup plus lentement que son record personnel ? C’est une victoire en demi teinte.

Même si nous adorons être obsédés par l’or et les victoires, tu ne peux pas nier la satisfaction que tu éprouves lorsque tu exploites ton talent et tes capacités au maximum.

Qu’est-ce que tu pourrais faire pour être meilleur ?

Quelles sont les choses sur lesquelles tu as le contrôle ?

Motivation, confiance en soi. Les meilleures choses du monde viennent du fait d’avoir dépasser nos propres limites, pas de dépasser celles de quelqu’un d’autre.

#6 LA COMPARAISON N’A AUCUNE LIMITE

C’est un fait : Il y aura toujours quelqu’un de plus rapide que toi.

Même si tu es le plus rapide de tous les nageurs les plus rapides de l’Histoire du sport aujourd’hui, il y a forcément quelqu’un, là-dehors, qui sera plus rapide que toi un jour ou l’autre.

C’est la marche interminable du sport.

Tu peux être le nageur le plus rapide de ta ligne, mais pas forcément le plus rapide du groupe. Tu peux être le plus rapide de ton équipe, mais il y aura quelqu’un de plus rapide dans la ville, dans la région, ou sur la planète.

Il y aura toujours quelqu’un de plus rapide, de plus grand, de plus beau, de meilleur, etc…

Est-ce que cela veut dire que tu dois tout laisser tomber ? Ne pas travailler dur ? Ne pas voir ce dont tu es capable ?

Bien sûr que non.

Travaille dur. Nage vite. Vois ce que tu peux faire.

En résumé, la prochaine fois que l’un de tes coéquipiers te lynche à l’entrainement, avant de te miner le moral, interroge-toi avec ces rapides questions et rappels :

  • Est-ce que me comparer à eux me motive ou pas ? Comment puis-je utiliser leurs performances pour me rendre meilleur ?
  • Est-ce que je m’améliore ? Les nageurs développent leur propre rythme, tant que je progresse dans mon propre cycle, mes objectifs finiront par se réaliser.
  • Il y aura toujours quelqu’un de plus rapide. Il y aura toujours quelqu’un de plus lent.

 

Traduction de l’article d’Olivier Poirier-Leroy. Vous pouvez rejoindre sa newsletter hebdomadaire de motivation pour nageurs en cliquant ici (anglais)

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